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![]() Santi Santamaria ![]() Grand Chef Relais & Châteaux Can Fabes - Espagne |
À l'instar de son relief, montagneux et abrupt dans le Nord, plat et sec dans l'arrière-pays, au climat doux et peu escarpé dans le Sud, on peut dire que la cuisine catalane repose sur trois piliers nettement différents: la cuisine de montagne, riche et aromatique, affichant des réminiscences françaises; la cuisine de l'arrière-pays, austère et sobre; et la cuisine côtière, imaginative, baroque et très méditerranéenne.
" La culture catalane est mon expression ", assure Santi Santamaria. " Nous ne devons jamais oublier nos racines. Nous devons rechercher notre propre identité culinaire, nous ouvrir aux influences des gens et des produits du monde entier sans jamais laisser notre propre culture disparaître de notre cuisine. Elle doit être sous-jacente à notre évolution et transparaître en filigrane dans nos créations ".
J'ai demandé à une amie historienne, Senhora Eliane Thibaut-Comelade de vous parler de la cuisine catalane médiévale afin de vous faire mieux comprendre nos racines et son évolution jusqu'à aujourd'hui:
A l'époque médiévale, la cuisine catalane était considérée comme une des plus importantes cuisines méditerranéennes
C'était la cuisine des comtes de Barcelone et des rois de catalogne/Aragon qui avaient conquis la Sicile. Un des premiers livres de cuisine du continent Européen fut rédigé en langue catalane par le cuisinier du roi Ferran de Naples fils d'Alphonse le Magnanime. Il s'agit du "Libre del Coch " publié en 1520 à Barcelone expliquant les Arts de la Table, une cuisine fastueuse où l'on décrit tout particulièrement l'abondance extraordinaire des poissons de la Méditerranée, témoignage fidèle de la cuisine d'un peuple en pleine expansion méditerranéenne.
Toutefois, il existe des textes antérieurs à cet ouvrage datant de la fin du XIIe et le début du XIIIe siècles : Je veux parler du recueil de recettes de cuisine ou " Libre de Sent Sovi ". Ce manuscrit nous permet de découvrir l'influence de la cuisine catalane sur la cuisine italienne de la pré-Renaissance, influence qui jusqu'ici n'a guère été soulignée dans l'évolution des gastronomies en Europe. Le manuscrit napolitain de "Martino Platina" en particulier, fait état de recettes catalanes (eau de rose additionnée de sucre de canne, accommodements des pigeons). Cette influence n'est nullement surprenante, si l'on considère que le règne de Naples et des deux Siciles a été lié à la couronne catalano-aragonaise; par conséquent les usages et les façons de manger étaient catalanes.
On peut considérer le "Sent Sovi" comme un ouvrage fondamental pour la cuisine catalane mais aussi pour toutes les cuisines méditerranéennes. Si l'on considère les seules préparations de poissons, nous trouvons une quantité impressionnante de recettes utilisant: loups, baudroies, saumons, soles, turbots, daurades, raies, congres, espadons, thons, maquereaux, anguilles, sardines, rouets, rascasses, poulpes, calmars, langoustes, langoustines, cigales de mer, crabes, huîtres, moules, clovisses. les poissons salés étaient très appréciés: congres, sardines, thons,. Cuisine fastueuse à l'occasion, gastronomie triomphante qui symbolise l'apogée des Pays Catalans.
Le royaume de Mallorca continue l'expansion méditerranéenne commencée par Jacques 1er. Grâce à une économie riche et diversifiée, la puissance catalano majorquine est très grande, Barcelone devient un véritable empire maritime et les ports de Collioure et Port-Vendre connaissent un essor extraordinaire. Les Catalans exportent de l'huile d'olive, des amandes, du sel, du miel, des draps, du cuir. En Egypte, à Constantinople ils concurrencent les marchands génois. A Perpignan, un Consultat de la Mer régit le trafic maritime, une loge de la mer assure une bourse des valeurs sur le plan européen. Cet important développement économique se poursuivra tout au long des XIVième et XVième siècles.
Il convient ici de souligner que si nous avons deux traités culinaires médiévaux, nos productions étaient déjà mentionnées dans des écrits de Rome dus à Pline, Estrabo, Caton, Varon et Columelle. Il y est question d'huîtres de Tarragora, d'huile d'olive dorée et épaisse, de vins fruités, de clovisses délicates, de safran merveilleux, de jambons de Cerdagne. Il y est dit aussi qu'à Roses se trouvait un fabuleux vivier de poissons construit par les Grecs lors de leur passage à Empuries.
Pour en revenir au "Sent Sovi", pour l'alimentation journalière il y est question de fèves, pois, pois chiche, lentilles, carottes, navets, courges, asperges, aubergines (introduites par les Arabes), épinards, artichauts, choux, blettes, poireaux, oignons, laitues, salsifis, ail, céleri, persil, cresson, endives. On parle aussi de farine de froment, de semoules et de riz (l'extension de sa culture est due aux Arabes). pour les fruits, grenades, figues, pommes, cerises prunes, raisins, dattes, oranges amères, citrons. Les jus de ces derniers sont utilisés pour cuisiner. Des fruits secs, amandes en abondance, pignons, noix, noisettes, pistaches, dattes, figues et raisins secs ou "panses".
Il faut aussi citer l'usage fréquent des pétales de roses, de fleurs d'oranger, de genêt, de courgettes.
Le miel était utilisé pour sucrer car le sucre était trop cher. La culture de la canne à sucre fut introduite par les Arabes dans la région de València, mais on en importait aussi d'Orient sous forme de pains. Cette économie très florissante est aussi due aux "hortolans" (jardiniers) qui font autorité sur les marchés; ils cultivent: céréales, oliviers, vignes, légumes et vivent dans l'aisance. Perpignan a son marché de volailles, d'huile, de blé, de pain. (Plaça de la Gallineria, de l'Oli, del Blat, del Pa.).
L'énumération des volailles est aussi fort intéressante par sa variété : poulets, poules, chapons, canards, oies, pigeons et paons réservés aux repas d'apparat ; comme gibiers à plumes, nous trouvons des grues, des perdrix, des faisans, des cailles, des palombes, des grives, des bécasses…
Les animaux de boucherie étaient, en premier lieu, les porcs, puis les moutons et les agneaux dont la viande est une des plus appréciées en Catalogne Pas de boeuf. Pour le gibier des lièvres, des sangliers, des chevreuils, des ours et des isards.
Les fromages frais ou secs, de lait de brebis ou de chèvre représentaient un élément important de la nourriture. On faisait aussi un grand usage d'oeufs, considérés de puissants reconstituants. Des friandises: fruits confits dans le miel, noix, amandes. De la pâte d'amandes "massapà" à l'origine des tourons, autant de confiseries remplissaient le "rebost" ou garde-manger.
Le délicat blanc-manger: lait d'amandes parfumé où baignent des blancs de poulet ou de pigeon, figure au menu des convalescents.
Il convient de souligner l'usage important des épices, en premier lieu la cannelle à laquelle on attribuait des vertus, puis le gingembre, les clous de girofle, la noix de muscade, le cardamome, le safran, toutes importées d'Orient, à l'exception du safran cultivé en pays valencien et en Roussillon. Leur usage est associé à celui des plantes aromatiques.- sauge marjolaine, basilic, estragon, menthe, romarin, fenouil, laurier, thym et le persil qui est abondamment utilisé dans tous les plats salés.
Épices, aromates, amandes pilées sont les constituants de la "picada", élément de base des sauces catalanes que l'on ne trouve dans aucune autre cuisine du monde. Elle fait l'identité de la cuisine catalane. Les jus de cuisson des aliments sont liés par cette "picada " savamment épicée et parfumée. Outre son rôle gustatif, elle présente un intérêt diététique non négligeable par son apport de dextrines à la place des pesants empois d'amidon au beurre cuit.
Finalement, il ne faut pas sous-estimer le rôle important de l'huile d'olive, corps gras utilisé en priorité cru et en cuisson. Signalons enfin deux caractéristiques de cette cuisine; l'emploi de l'aigre-doux, du salé-sucré (jus de citron, vinaigre/miel) emploi des fruits avec de éléments protidiques, exemple type: le canard aux fruits. Je terminerai cette évocation de la cuisine catalane médiévale par la mode de boire froid, très certainement introduite par les Arabes; à ce sujet il est intéressant d'apprendre qu'on savait déjà s'approvisionner en glace et en neige et les conserver (Cf. les nombreux puits à glace de la région de València et le puits de Canet en Roussillon).
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Cette société catalane évoluée, cultivée, possède ses philosophes, ses scientifiques dont certains font autorité dans toute l'Europe. Je citerai brièvement Ramon Llull qui dans ses "Proverbis del Tronc Vegetal" fait part de ses constatations;
"Je dis que la laitue peut être bénéfique aux individus et que le vin peut les rendre heureux".
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On trouve ainsi toute une série de réflexions sur l'usage des fruits et des légumes frais.
Mais en l'occurrence je voulais surtout souligner l'importance d'un des multiples écrits d'Arnau de Vilanova. Entre autres activités, il fût professeur de médecine à la Faculté de Montpellier. Médecin de Jacques II son protecteur, mais protégé aussi par le pape Clément V à qui il inspirera une modification révolutionnaire du système d'élection du Doyen de la faculté. Cette protection lui permettra d'innover et d'ouvrir les portes au progrès scientifique. Dans ces innombrables écrits médicaux, il est intéressant de retenir un véritable traité d'hygiène de l'alimentation "El Regimen de Sanitat" destiné à maintenir son Roi et protecteur en parfaite santé. |
- Il est important d'avoir un repas au milieu de la journée, mais il ne doit pas être trop substantiel.
- Il recommande de mâcher parfaitement et de prendre le repas dans le calme ou éventuellement accompagné de musique douce.
- Il signale qu'il faut manger en quantité mesurée afin d'éviter tout trouble de l'appareil digestif
- Très nettement, il développe l'importance de la diversité dans la nourriture et ce, dans un même repas afin d'exciter l'appétit. Il introduit la notion d'adéquation du nutriment choisi en fonction du travail, de l'âge, de l'état de santé de la personne.
- Il est préférable, dit-il, de boire sobrement du vin pendant le repas, de boire abondamment après le repas de l'eau, et ce, en fonction de la température extérieure.
Nous nous trouvons devant un véritable traité d'hygiène alimentaire et nous pouvons conclure en disant que toutes les règles actuelles d'une alimentation rationnelle se trouvent ainsi présentées dans cette oeuvre d'Arnau de Vilanova de manière empirique.
On peut donc parler de diététique et de gastronomie médiévale des pays catalans. Sans vouloir m'étendre davantage sur le sujet, il faut remarquer que cette cuisine présente une méthode de complémentation alimentaire, c'est à dire utilisant les combinaisons produits laitiers/céréales (gâteaux de riz, de semoule; greixonera), produits laitiers/légumes secs (molses i purée), légumes frais/légumes secs, mettant en évidence l'importance des protéines végétales dans l'alimentation.
En résumé, les pays catalans ont dès le XIVième siècle un véritable traité diététique, un livre de cuisine et on peut ajouter un véritable traité de savoir-vivre à table "Com usar bé de beure e menjar" écrit par Francesc Eiximenis. Avec une bonhomie et une grande richesse de langage haut en couleurs, il nous décrit le comportement catalan à table par comparaison à celui des autres nations et démontre ainsi de façon évidente la supériorité morale de la nation catalane.
- Prends garde de ne point lécher tes doigts ni tout autre chose
- Pour rien au monde n'ait point l'intention de prendre les meilleurs aliments qui se trouvent devant toi.
- Ne mets point de ceinture ou de vêtement trop serré à table.
- En aucun cas ne te grattes point la tête ni toute autre partie de ton corps à table,
- Ne te mouche pas dans ta main nue, ne fais point de bruits, ne te mouche jamais à table avec la tête haute. et si tu as envies d'éternuer, baisse la tête.
- Parler en compagnie doit être de propos joyeux ou plaisants qui ne peuvent offenser quiconque.
- Ne refuse aucune viande que l'on te présente.
- Lorsque tu es invité, fais en sorte de ne pas te faire attendre et d'arriver à l'heure.
- Pour rien au monde ne te permets pas de bailler à table.
Autours de 13 chapitres il fait une description très précise de la société catalane, de ses coutumes, de l'usage des aliments en fonction des saisons et même du mariage des vins et des mets: vin vert de Majorque avec le poisson et vin rouge épais avec le gibier.
Au XVIIième siècle, on trouvera d'intéressants renseignements dans les relations de voyage du frère Berthomieu Joly qui accompagnait le visiteur français dans son voyage d'inspection en Espagne. Entre autres descriptions, il raconte qu'en début de repas on leur offre oranges en tranches, salades, raisins, grenades, melons. "Ce sont personnes de bon goût".
Au XVIIIième siècle outre ces témoignages, des traités de pâtisseries et confiseries seront édités entre autres "El col.légi de la bona vida" nous informe des coutumes bourgeoises et aristocratiques. On note la persistance du sucré/salé: (utilisation de melons, figues, pêches, pommes, avec les viandes, les poissons et toujours l'usage de bons vins. Aux cuisines populaires du Principat s'ajoutent les modes baroques des pays Valenciens et l'ordre des plats paraît être à "la française" contrairement aux règles antérieures.
A la fin du XVIIIième siècle et jusqu'à la moitié du XIXième siècle, Suisses et Italiens, arrivent nombreux et la cuisine catalane, subira leur influence notamment en restauration et à Barcelone.
Le nord de la Catalogne (actuel Département des Pyrénées orientales), devenu français depuis le traité des Pyrénées (1659) apprend à cuisiner à la française surtout dans les milieux de la bourgeoisie. pendant que la gastronomie catalane du Principat connaît en restauration un siècle doré; en 1840 un guide des restaurants, hôtels et auberges est publié pour Barcelone. C'est la grande vague des cafés où l'on sert gros beignets, orgeat, chocolat chaud, sirop de cédrat, café glacé, lait glacé parfumé à la cannelle…
La cuisine catalane d'aujourd'hui: c'est la cuisine d'une communauté de terre, d'histoire et de culture
Toutefois, d'une manière générale, de Salses (France) à Guardarnar (Espagne), limites linguistiques de la langue catalane, si la cuisine a subi quelques transformations, elle n'a pas perdu ses caractéristiques essentielles. Elle ne peut les perdre car cette cuisine va de pair avec nos productions, avec le cours des saisons, qui sont différentes en Méditerranée: c'est la cuisine d'une communauté de terre, d'histoire et de culture élaborée à partir de ses propres produits.
A l'exceptionnelle situation géographique des pays catalans, il faut ajouter l'individualisme, l'esprit inventif du Catalan : Une même préparation connaît de nombreuses variantes dans les localités ou dans les familles.
Le caractère extravagant de cette cuisine est aussi à signaler: le Catalan peut se montrer ascète avec une soupe à l'ail, un hareng grillé parfumé au vinaigre, ou dispendieux les jours de fête votive ou familiale avec une débauche de langoustes, pâtisseries et tourons.
C'est surtout dans les pays catalans du sud que les associations salé/sucré et aigre/doux sont les mieux conservées: fruits farcis de viande, porc, oie, agneau, lapin aux pommes, aux poires, lièvre au chocolat. avec, sans modification notable depuis l'époque médiévale, l'usage de la cannelle, de la menthe, du basilic, du jus d'orange amère. Mais surtout à l'utilisation indiscutable de l'incomparable "picada" qui offre au palais la douceur, l'onctuosité, la saveur de l'amande finement pilée, alliée à la force des épices et d'un vin généreux.
Pour le nord de la Catalogne, c'est à dire le département français des Pyrénées-Roussillon, nous lui avons pratiquement substitué les techniques des sauces françaises. Sur le plan gastronomique à mon avis les amalgames parfaitement dosés de ces "picades" sont incomparables, de plus j'ajouterai que les papilles gustatives n'étant pas agressées par les épices, le vin n'est plus une "boisson" mais considéré comme un accompagnement harmonieux et complémentaire de la nourriture. Avec un mets dont le jus de cuisson a été lié d'une "picada", l'association du vin adéquat donne au terme gastronomie toute sa dimension.
Le contexte géographique permet de distinguer 3 types de cuisine
- Une très importante cuisine de mer
- Une cuisine de plaine qui fait souvent appel aux produits de la mer
- Une cuisine des contre-forts montagneux et de montagne avec évidemment beaucoup moins de variétés de recettes
Pour ces 3 types de cuisine il faut considérer des interprétations "pagesa, burgesa i popul. - paysanne, bourgeoise et populaire ", c'est à dire en relation avec les fêtes votives. Exemples:
Mer
- Cuisine des pêcheurs: All cremat, suquet.
Cuisine bourgeoise: Feuilleté de Collioure.
- Cuisine de jardinier: Escalivada
Cuisine bourgeoise: Gigot au miel et aux beignets d'aubergines.
- Cuisine rurale: Escudelles.
Cuisine bourgeoise: Estofat de vedella amb pèsols.
Cuisine populaire: Crema cremada, cargolada, pa d'ous.
Pour ce qui est des épices et des aromates, nous retrouvons ceux de l'époque médiévale dans des proportions plus réduites, notamment pour la cannelle et le gingembre. Par contre, les produits d'Amérique sont appréciés, notamment le poivre et les différentes variétés de piments : cayenne, langue d'oiseau, " bitxo ", " pebrina ", " nyores ". Entre autres douceurs dont le Catalan est friand, il y a le café qui est associé au rhum en hiver pour donner une boisson flambée " le cremat ".
Les poivrons rouges et verts sont très largement utilisés - grillés natures, farcis, en garniture, lapin aux poivrons, aubergines aux tomates et aux poivrons, morue aux poivrons. Par contre, il est à préciser que si la tomate est très appréciée en tant que légume cru ou cuit, elle est utilisée avec parcimonie en tant que condiment à l'encontre des cuisines provençales et italiennes - elle n'intervient jamais dans les picades ; elle entre dans la composition de certains "fritures", soigneusement dosée exemple: lapin aux escargots. Malheureusement en Pyrénées-Roussillon, beaucoup de restaurateurs n'ont pas encore saisi cette nuance et c'est très regrettable: la cuisine catalane n'est pas une cuisine à la sauce tomate. Les légumes condiments qui dominent demeurent l'oignon et l'ail crus ou cuits. Pour ce qui est des corps gras, si l'usage de l'huile d'olive est demeuré bien ancré dans le sud, les Catalans du nord ont aussi appris la cuisine au beurre.
On ne peut pas nier par le passé, l'usage quasi exclusif de graisse de porc dans la cuisine de montagne, et pour cause, chaque mas ayant élevé son ou ses porcs jusqu'à la 2ième guerre mondiale. Cependant, on peut considérer qu'à quelques exceptions près, l'huile d'olive et les autres huiles végétales lui ont été substituées. Actuellement, la consommation de graisse de porc serait à considérer à travers l'appétit oh! combien compréhensible du Catalan pour ses excellentes charcuteries traditionnelles que je conseille à tout visiteur de goûter.
J'en terminerai avec les modes de cuisson prédominants. Ce sont ceux de l'époque médiévale
- Grillades pour les régions côtières et les plaines, sur des braises de sarments de préférence, au grill ou à la "planxa".
- Rôtis de grosses pièces, de volailles et de gibiers, de gros poissons, avec ou sans farce.
- Cuissons à l'étouffée dans des récipients épais à couvercle lourd où les aliments cuisent dans leur liquide de constitution, les techniques étant le "sofregit" pour le début de l'opération, et les "picades" en fin de cuisson.
A cela, j'ajouterai les multiples préparations du riz dont la plupart donnent lieu à un plat complet. Autres plats complets, les "escudelles" ou soupes servies en 3 plats : le bouillon concentré, les viandes, les légumes verts et les féculents.
Vous pourrez remarquer la moindre importance des préparations sucrées comparativement à l'abondance des entrées et plats de viandes ou de légumes, ceci est inhérent au fait que les fruits sont abondants en variétés pratiquement toute l'année, d'autre part climat et soleil appellent des loisirs de plein air et ainsi par voie de conséquence on n'éprouve pas la nécessité de faire des pâtisseries. Par contre les femmes de la campagne ont toujours su faire des confitures ou des fruits au sirop. Une cuisine du soleil, une grande convivialité, des associations inattendues, des vins généreux, une cuisine qui répond aux règles d'hygiène alimentaire par le choix, la qualité, la variété des éléments utilisés. Cuisine méditerranéenne humectée d'huile d'olive, soulignée par l'ail et l'orange amère et adoucie par l'incomparable amande pilée. Cuisine à part entière avec ses méthodes, ses caractéristiques et non spécialité régionale !

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