Selon mon habitude, je fis tourner le globe terrestre et, lorsqu'il s'arrêta de tourbillonner, je pointai le doigt sur un pays. C'est là que j'irai. J'ouvris les yeux, la Turquie m'invitait.
Aujourd'hui je suis à Istanbul… Byzance, Constantinople, trois noms dans
l'histoire pour une seule ville, la
seule au monde construite sur
deux continents, l'Asie et
l'Europe, séparée par le détroit
du Bosphore. Ici, 65 mosquées veillent sur sa continuité. J'attends le bateau qui m'amènera à Tarabia. Il ne faut pas manquer cette excursion sur le Bosphore - ce détroit de 32
km, un joyau de l'histoire
incrusté entre la mer de
Marmara et la mer Noire. Je glisse sur une eau qui recèle une amphore millénaire entourée de villes fabuleuses, exotiques, grouillantes d'une vie débordante, où figés, tel que les ont laissées Alexandre le Grand et Tamerlan. Sur chaque rive je découvre des palais et ces fameux yalis, maisons typiques de bois sculpté, si délicates qu'on dirait qu'elles ont été construites par un orfèvre.
J'aperçois déjà le Pont de Galata. Les heures ont passé trop vite. Je mets le pied à terre. Mon guide, m'attend et m'emmène prendre un raki dans le restaurant d'un hôtel digne d'un conte de fée… des tapis, de l'or… avant la visite du Palais Topkapi.
L'ancienne Place des Sultans s'étire sur trois immenses cours où trône le palais devenu musée. Je visite le harem et m'invente des histoires tout en écoutant ce que le guide raconte. Je m'attarde devant d'énormes émeraudes et aimerait m'en faire des colliers… une fois encore je rêve d'impossible! Pierreries, armes précieuses, tapis, mosaïques, vaisselles, Topkapi témoigne de mille ans de raffinements qui me font revivre le temps fastueux des sultans. Je continue et découvre le supposé " sarcophage " d'Alexis le Grand. Les rideaux couleur or tendus dans l'arche dorée s'ouvrent sur une vue magnifique : Le Bosphore, la Corne d'Or, et, plus loin, le profil de l'Asie est incomparable dans le soleil qui marque la fin d'une journée.
Anecdote
De retour à ma chambre d'hôtel, je souris et m'inquiète à la fois lorsque j'ouvre le robinet du bain! Pourtant l'hôtel est coté 5 étoiles mais j'hésite, me rappelant soudain, que sur le chemin du retour, passant au-dessus du pont Atatürk on m'avait souligné que le système d'aqueduc fut construit par Valens, il y a 1700 ans. J'eus un doute énorme avant de remplir la baignoire! Serait-il plus sage de commander une caisse d'eau minérale (Kaizelay - eau locale délicieuse et non gazéifiée)!
Après un verre de Raki, un plat de Kabin Pudu - Boulettes de viande et riz - et un sommeil réparateur, je suis prête à attaquer ce que je pourrais appeler une journée bien remplie.
Mosquées, musées.
Sainte-Sophie
Pointant vers le ciel d'Istanbul, un minaret semble se confondre dans les blancs nuages. Un dôme reluit dans le soleil du midi et Ste-Sophie se dresse, rajeunie quoique construite par Constantine en l'an 347. Détruite par le feu mais rebâtie au VIe siècle par l'empereur Justinien, les Turcs préférèrent convertir cette fameuse basilique en une mosquée avec quatre minarets plutôt que de la détruire. Joyau de l'architecture byzantine avec son immense coupole encadrée de 107 colonnes, c'est maintenant un musée où on retrouve des visages peints avec grand art : le Christ, la Vierge, Justinien, Constantin. Toutes ses beautés conservées sont une leçon de la tolérance de la part des Turcs, assure-t-on.
La Mosquée bleue
La Mosquée du Sultan Ahmed, aussi surnommée la Mosquée bleue, avec ses tuiles où les bleus se confondent dans un décor abstrait est de toute beauté. Pour sa construction le sultan réquisitionna toutes les fabriques de la ville d'Iznic pour en produire les 21 000 carreaux de faience. Faisant face à Sainte Sophie, elle est dotée de six minarets, dont la forme élancée est spécifique
à l'architecture ottomane. Quatre minarets encadrent le bâtiment principal à
coupole, tandis que deux autres marquent les angles de la cour attenante. J'entrai dans le bâtiment principal où se trouve la salle de prière surmontée
d'une coupole de 23 mètres
de diamètre dont le point le
plus haut culmine à 43
mètres. Les bougies, par centaines, projettent des ombres sur les tapis de prière usés par le temps et l'espoir. J'entends un bruit d'eau qui me distrait. Enveloppé de blanc, quelqu'un se lave les pieds dans une bassine avant de pénétrer dans ce lieu saint. Je l'observe, j'échappe mes clés, le bruit résonne en écho, se répercutant dans la voûte mais l'homme replié sur son tapis, n'existe plus au monde extérieur. Discrète, sur la pointe des pieds, je replace les babouches de papier qui recouvraient mes souliers (un must pour enter dans les mosquées) et m'éloigne avec le respect de toutes les croyances.
La Mosquée Sulaymaniye (Soliman)
Un clin d'œil à cette mosquée construite en 1557 par Mimar Sinan, un architecte qui avait le goût du risque et des hauteurs. Le dôme s'étire jusqu'à une hauteur de 53 mètres d'orgueil.
C'est la plus grande mosquée de la ville, érigée pour le plus grand des sultans, Soliman-le-Magnifique, sur la troisième colline du vieux Stamboul d’où elle domine majestueusement la Corne d’Or. Elle comporte 4 minarets élancés. Sa coupole d’une hauteur de 53 mètres à la clef repose sur un tambour percé de 32 fenêtres. Des galeries à arcades occupent l'espace entre ces colonnes et les contreforts, décorées de ravissants vitraux et de milliers de carreaux de faïences.
Le Grand Bazar
Pénétrer dans le Grand Bazar, c'est entrer dans la caverne d'Ali Baba. La réalité dépasse la fiction. 92 rues se croisent et s'entrecroisent. 4 000 à 5 000 boutiques étalent leur marchandises : Cuivre, argenterie, broderie, meuble, bijoux. Les odeurs donnent le vertige. Être accompagné de Bawä, me rassure car malgré mon esprit de débrouillardise, je crois sincèrement qu'entrée en automne j'en serais sortie à la fin de l'hiver!
Je pris le temps de m'acheter des babouches perlées, un bracelet en argent. Je l'ai marchandé, selon la coutume, et réussi à en payer la moitié du prix demandé. Épuisée, j'entrai chez le marchand de tapis, histoire de m'écraser sur un pouf et siroter un thé. Les tapis s'empilent devant moi, plus beaux les uns que les autres. Le marché conclu, je revins à l'hôtel heureuse de mon achat…sur mon tapis volant, laissant derrière moi ces labyrinthes enchantés.
A noter que ce grand bazar fut construit au XVIe siècle quoique partiellement incendié à quelques reprises. Restauré en 1998, il est le plus vaste marché couvert au monde.
Café, pâtisseries, spectacle et anecdotes
Café, thé et pâtisseries
Le café turc est une institution, préparé selon le goût de chacun et considéré comme un art dans sa façon de concentration et de la proportion de sucre. Refuser un café équivaudrait à une insulte hors des heures de repas. Mais saviez-vous qu'ici, les thés sont incomparables? Je savourai une décoction de boutons de rose de Damas et j'avoue en avoir conservé l'arôme et la couleur. Même avec tous mes soins, les boutons de mon jardin n'arriveront jamais à la hauteur.
La vitrine d'une pâtisserie attira ma gourmandise. J'hésitai entre deux mais optai pour le Koul-oua-chkur que mon guide finit par traduire " mange-le "- " fais-en l'éloge ". Un proverbe turc dit : Quand le silence tombe au cœur d'un repas, une fille naît quelque part dans le pays.
Balade légendaire
Au cours d'une balade en auto la veille de mon départ, j'ai aperçu un village enfoui dans la verdure, cerné de vignes. Une autre légende assure que Noé, après le déluge qui dura 155 jours, vint en Turquie au Mont Ararah pour y prier. Enfin, loin de tous les animaux sortis de l'arche, il retourna au milieu de ces vignes. Je présume qu'après s'être abreuvé de " petits coups de rouge " il alla s'allonger pour un petit somme. Je l'entends murmurer " Enfin, la paix… la sainte paix! ". Mais il fallait aussi, après une longue sieste… la légende ne le dit pas… retourner chez lui, priant le ciel qu'à son retour Madame Noé le voyant ne lui dise pas : Le temps fut si long, chéri si nous partions en croisière!
Soirée d'adieu
Dans une tente ottomane, j'assistai à un spectacle à l'heure où le soleil se mirait dans les eaux du Bosphore. C'est si beau qu'on se dit : C'est ici que je veux mourir. Seules les bougies éclairaient cette salle de spectacle. A tâtons, je me dirigeai vers une chaise. On suffoquait presque, l'air rempli de parfums et de sons à la frontière du réel. Déjà la musique faisait valser les voiles d'une danseuse telle un génie sorti de la lampe d'Aladin. Les dorures, les pierreries de son costume se dédoublaient en ombres chinoises au ravissement des spectateurs. Un vin turc, capiteux aidait à régler le thermostat de chacun! Les applaudissements cessèrent lorsque, vif comme l'éclair, notre beauté vint chercher un serpent endormi sous la chaise d'un homme quelque peu refroidi, jouant du ventre, des hanches et des mains dans des arabesques plus endiablées les unes que les autres. Je retenais mon souffle lorsque je constatai que sous MA chaise dormait " un autre artiste ".
Retour
Le tapis acheté au bazar ne m'offrant pas toutes les garanties d'un vol sans escales, j'optai donc pour l'avion. En attendant le taxi qui m'amenait à l'aéroport, un vent tiède emporta mon chapeau jusqu'aux pieds de mon guide, venu me souhaiter bon voyage. Il me tendis mon chapeau d'une main et, de l'autre, une boîte de sucreries : Lèvres de ma bien-aimée (beignet creusé comme une galette frite et façonnée comme une bouche); nombrils de dame (au centre d'une galette, un tout petit creux comme une fossette). J'avoue que les noms imagés que les Turcs donnent à leurs pâtisseries m'ont charmée.
Ici, le Moyen-Age se conjugue encore au quotidien. Dépaysement, grandeur du passé, ce voyage est resté et restera un de mes plus beaux souvenirs.